Le fleuve Hudson coule du nord au sud le long de Manhattan, ce qui signifie que pendant environ quarante minutes chaque soir, toute la façade ouest de l'île est éclairée comme un décor de théâtre — et les seules places disponibles sont sur l'eau.
Le port de New York porte la musique depuis plus longtemps qu'il ne transporte de touristes. Dès les années 1880, les excursions en bateau à vapeur au départ des jetées du West Side faisaient la promotion de fanfares. Dans les années 1920, la Hudson River Day Line organisait des sorties au clair de lune avec des orchestres de danse à bord, et les chefs d'orchestre de Harlem acceptaient des engagements rémunérés sur les ponts. La croisière jazz au coucher du soleil à NYC descend directement de cette tradition commerciale : un bateau en activité, un groupe engagé, une heure de départ fixe. Ce qui a changé, c'est la ligne d'horizon derrière la section des cuivres.
Chelsea Piers, d'où partent la plupart des départs en soirée, a été construit entre 1902 et 1910 comme une rangée de terminaux pour les paquebots transatlantiques. Le Lusitania a navigué depuis cet endroit. Le Carpathia a débarqué les survivants du Titanic au Pier 54, quelques centaines de mètres plus au sud. Warren & Wetmore, le cabinet à l'origine du Grand Central Terminal, a conçu la façade en granit rose. Le commerce des passagers s'est effondré après la guerre, les hangars sont tombés en ruine et le complexe a été reconstruit en campus sportif et cinématographique en 1995. Le Pier 62 ancre désormais l'extrémité nord du Hudson River Park, aux côtés d'un carrousel et d'un skatepark.
L'itinéraire lui-même est un survol condensé du port. Les bateaux naviguent vers le sud devant les quais de Chelsea et du Meatpacking District, puis Battery Park City, et enfin le port proprement dit. Liberty Island se situe à environ quatre kilomètres de Battery Park ; la figure en cuivre de Bartholdi, inaugurée en 1886, se lit différemment depuis l'eau que depuis la file d'attente — plus petite, puis soudain imposante. Ellis Island se dresse au nord. Certaines traversées passent sous le pont de Brooklyn dans l'East River, où le courant de marée est assez rapide pour avoir fait naufrager des navires pendant deux siècles.
Ce qui rend les sorties jazz en soirée dans le port de New York si durables, c'est autant l'aspect acoustique que visuel. Le son se comporte étrangement sur l'eau libre : il porte, il s'aplatit, il perd les réflexions dures qui donnent à un club un sentiment d'enfermement. Un saxophone sur un pont ouvert à 20h00 semble plus fin et plus exposé que le même instrument dans un sous-sol de la West 10th Street. Les musiciens qui travaillent sur ces bateaux ont tendance à compenser par des tempos plus lents et des standards que le public reconnaît à moitié.
La ville récompense le timing. L'heure dorée fait passer les tours de Midtown du gris à l'ambre, puis vers quelque chose qui ressemble au bronze, et les lumières s'allument par bandes plutôt que toutes à la fois. Une croisière jazz au coucher du soleil à NYC est, en fin de compte, une astuce de programmation — acheter une place à l'intérieur d'une lumière qui dure moins d'une heure.